On kidnappe sa famille pendant qu’il sauve un Syrien

Lorsque Jean-Marc a vu, depuis le pont, un réfugié syrien qui se débattait, dans les flots, sur le point de se noyer, son sang n’a fait qu’un tour, et il a plongé et réussi à sauver l’homme. Quel ne fut pas son choc lorsque il a vu une voiture, conduite par de jeunes hommes racisés, s’arrêter sur le pont et embarquer sa femme et sa fille de huit ans, de force, dans le véhicule.

« Le temps que je remonte, et que j’explique au réfugié qu’il devait me relâcher, qu’il était hors de l’eau à présent et qu’il ne risquait plus rien, la voiture était partie. Je n’ai même pas eu le temps de lire la plaque d’immatriculation. J’ai voulu appeler la police mais mon portable était trempé. Les passants n’ont pas voulu m’aider car le réfugié me collait, ils croyaient à une mauvaise blague. C’est horrible les préjugés des gens. »

Pourtant Jean-Marc ajoute :

« J’ai sauvé une vie, j’ai fait mon devoir. »

Muhamat El Mucktar essayait sans y parvenir à s’extraire du fleuve. Il est maintenant sain et sauf.

Pourtant Jean-Marc ne se fait pas d’illusion :

« À l’heure qu’il est, ma femme et ma petite fille sont sans doute déjà dans un des nombreux bordels du Moyen-Orient où l’on pratique encore la traite des blanches, ou pire. La voiture les a sans doute abordées avec le prétexte de demander leur route, c’est assez classique. Peut-être je n’aurai pas dû les pousser à n’avoir absolument pas de préjugés, peut-être que si elles s’étaient méfiées elles seraient encore libres. Mais ce type d’individus constitue une minorité et je ne voulais pas généraliser, faire des amalgames… Quant aux kidnappeurs et violeurs de ma femme et de ma petite fille adorée, eh bien, ils ont échoué : ils n’auront pas ma haine. »